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Expertise métier

Les lésions musculaires au mollet : comment les identifier et les traiter ?

athlète blessé au mollet
Temps de lecture : 7 minutes

Description et traitement des lésions musculaires au mollet : différencier le soléaire du gastrocnémien.

Les lésions musculaires sont extrêmement communes chez les athlètes, de par l’intensité des compétitions et le volume des entrainements. Dans les sports impliquant de la course ou des changements de direction, des accélérations, des décélérations, les structures les plus à risques sont les ischiojambiers et le mollet. Lorsque nous parlons du mollet : cela implique donc le muscle gastrocnémien, le muscle soléaire et le muscle plantaire (ensemble appelé « triceps sural »). À titre d’idée, dans une étude chez les joueurs de football par exemple, les lésions du mollet comptent pour 3,6% de toutes les blessures sur 5 ans. Dans cet article nous allons voir comment différencier les lésions musculaires au gastrocnémien des lésions du soléaire. Cela implique donc une rééducation et une approche différente du traitement.

Mécanisme général des blessures musculosquelettiques :

Un modèle de mécanisme des blessures musculosquelettiques a été décrit en 2016 par Verall et al. stipulant que les « blessures musculosquelettiques proviennent du fait que le muscle n’est pas capable de produire assez de résistance à des forces d’allongement. » En effet, cela serait applicable à tout type de blessures musculosquelettiques. Comme nous pouvons sur le graphique suivant adapté de Verall et al. les lésions musculaires subviendraient uniquement lors de la phase excentrique.

 

Mécanisme général des blessures musculosquelettiques
Cédits photo : NeuroXtrain 

 

Nous voyons les courbes de contraction excentriques et concentriques avec les axes de forces et de longueur. Nous pouvons voir que lorsque la limite de rupture musculaire est abaissée pour cause de fatigue ou de quelconques facteurs de risque, si un point de rupture apparait durant la contraction concentrique, la force va diminuer, le muscle va donc se raccourcir et ne sera pas exposé à une potentielle rupture. Or, si ce point de rupture est atteint durant la phase excentrique, le muscle va continuer à produire une force d’allongement, dépassant donc le point de rupture et entrainera donc la blessure.

Le gastrocnémien :

 Il est considéré comme un muscle à haut risque de blessure chez les athlètes notamment parce qu’il traverse deux articulations (la cheville et le genou) et parce qu’il comprend un grand nombre de fibres musculaires rapides. Un allongement excessif du muscle combiné à une contraction rapide des fibres blanches entraine donc une lésion musculaire du gastrocnémien.

Le muscle plantaire :

Le muscle plantaire est un muscle accessoire et inconstant du mollet et est souvent assimilé au gastrocnémien puisqu’il traverse également 2 articulations (cheville et genou). « Inconstant » signifie qu’il n’est donc pas présent chez tout le monde. Ses lésions sont très rares et il est très difficile de les diagnostiquer lorsqu’elles sont isolées. Pour cela, il faut faire appel à l’imagerie.

Le muscle soléaire :

Les lésions au muscle soléaire sont plus rares que celle du gastrocnémien, mais beaucoup plus communes que pour le muscle plantaire. Contrairement aux autres muscles du mollet, le soléaire n’est pas à haut risque de lésions étant donné qu’il ne traverse qu’une articulation (la cheville) et qu’il est composé que d’un type de fibres lentes. D’ailleurs, il a récemment été étudié pour son activité durant la cinématique de la course et assimilé à un manque d’amplitude de flexion dorsale de la cheville entrainant donc des tendinopathies de la portion moyenne du tendon d’Achille. Lorsqu’une lésion au soléaire survient, elle est générale moins dramatique que pour le gastrocnémien.

Il faut savoir qu’il est possible d’établir un diagnostic précis pour différencier les lésions du gastrocnémien et du soléaire : pour cela il faut une combinaison de palpation, de testing musculaire et d’étirements-tests.

Les lésions du gastrocnémien présentent généralement avec une certaine sensibilité du chef médial ou de la jonction musculotendineuse. En revanche lors de lésions du muscle soléaire,la douleur est souvent latérale.

Les origines du gastrocnémien et du soléaire sont anatomiquement distinctes surgissant d’au-dessus et en dessous du genou respectivement. Cela permet à l’examinateur d’isoler l’activation des muscles en variant le degré de flexion du genou.

Avec le genou en flexion maximale le soléaire devient le générateur principal de force pour la flexion plantaire. Inversement avec le genou en extension complète, le gastrocnémien fournit la plus grande contribution.

Cette relation facilite la réalisation d’un test de musculaire du mollet plus précis et permet au clinicien de mieux délimiter quel muscle a été blessé.

Une approche similaire est utilisée pour tester la douleur et la flexibilité avec des mouvements passifs de cheville et des étirements. Dans ce cas, le genou est de nouveau placé en extension maximale, puis en position fléchie tandis que la cheville est passivement dorsifléchie pour causer respectivement l’étirement isolé du gastrocnémien et du soléaire.

L’utilisation de cette technique pour l’isolement clinique du gastrocnémien ou du soléaire est essentielle pour déterminer le site des blessures et guider les exercices de renforcement en rééducation.

D’autres tests doivent être utilisés pour éliminer toute potentielle rupture du tendon d’Achille. Nous procédons alors au test de Thompson. Des mesures de la circonférence du mollet peuvent être également prises afin de déterminer les asymétries. Une évaluation fonctionnelle est également nécessaire si la douleur le permet, avec la marche, le saut et la course.

Il convient de noter que des déchirures concomitantes du soléaire et du gastrocnémien sont possibles. Cela peut compliquer le diagnostic. L’IRM et l’échographie musculo-squelettique sont les deux choix principaux pour l’imagerie.
 

Classification :

classification lésions musculaires

 

Traitement :

La rééducation des blessures musculaires en général va s’axer sur plusieurs aspects :


traitement lésion mollet cycle

 

Progression suivant la blessure :

Cycle récupération lésion musculaire au mollet du FC Barcelone
Crédits photo : Muscle Injuries Clinical Guide 3.0 FC Barcelone.

 

La rééducation, une fois la douleur et l’inflammation contrôlées va s’organiser de manière progressive : d’abord de simples exercices analytiques suivant le protocole isométrique-isotonique-concentrique-excentrique-fonctionnel puis un travail de chaine cinétique fonctionnel comme nous pouvons le voir su le schéma avec divers types d’exercices.

Voici un exemple de protocole de rééducation adapté du guide du traitement des blessures musculosquelettiques du FC Barcelone:

protocole de rééducation adapté du guide du traitement des blessures musculosquelettiques du FC Barcelone

 

*Phase aiguë : Anciennement Price puis Police, le protocol de management des blessures musculaires lors de la phase aiguë s’est trouvé récemment un nouveau nom avec de nouvelles composantes intéressantes et qui semble plus complet : Peace and love (4)

 

le protocole de management des blessures musculaires lors de la phase aiguë : peace and love
Crédits photo : lacliniqueducoureur.com

 

*L’ESH est l’« elongation stress on hamstrings », et il permet d’évaluer la tension et l’étirement des IJ durant les différents exercices. Il est calculé en soustrayant l’angle de flexion du genou à l’angle de flexion de la hanche. Plus l’ESH est élevé, plus la tension sur les IJ sera élevée et vice versa.
Il est important de prendre en compte toutes les composantes du schéma précédent afin d’envisager un RTP (return-to-play) pour le joueur.

Article rédigé par NeuroXtrain.

Tout le contenu de cet article est présenté à titre informatif. Il ne remplace en aucun cas l’avis ou la visite d’un professionnel de santé.

Sources :
Bryan Dixon J. (2009). Gastrocnemius vs. soleus strain: how to differentiate and deal with calf muscle injuries. Current reviews in musculoskeletal medicine, 2(2), 74–77. https://doi.org/10.1007/s12178-009-9045-8. Article sous Creative Commons CC BY NC : Modifications apportées : Traduction.
Verrall, G., & Dolman, B. (2016). Deducing a mechanism of all musculoskeletal injuries. Muscles, ligaments and tendons journal, 6(2), 174–182. https://doi.org/10.11138/mltj/2016.6.2.174
Rabin, A., Kozol, Z., & Finestone, A. S. (2014). Limited ankle dorsiflexion increases the risk for mid-portion Achilles tendinopathy in infantry recruits: a prospective cohort study. Journal of foot and ankle research, 7(1), 48. https://doi.org/10.1186/s13047-014-0048-3
Muscle Injuries Clinical Guide 3.0 FC Barcelone.